L’intelligence artificielle transforme l’éducation, la culture, les relations sociales et l’avenir de la jeunesse. Une réflexion sur l’apprentissage, l’esprit critique et le relationnel.

Alors, quel est l’avenir de la jeunesse à l’heure de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, dans un monde où tout va de plus en plus vite et où on a parfois l’impression de ne plus vraiment avoir le temps d’apprendre, de monter en compétence ou simplement de réfléchir sereinement à son avenir ?
Je parle ici de la jeunesse au sens large : les adolescents, bien sûr, mais également les jeunes adultes qui arrivent à un moment de leur vie où ils doivent prendre leur indépendance, trouver leur voie et réfléchir à ce qu’ils souhaitent réellement construire.
À combien de personnes ai-je parlé qui disent vouloir croire en quelque chose, mais ne pas savoir en quoi ? Qui veulent faire des choix, mais qui ne savent pas vraiment lesquels ?
Je pense que l’intelligence artificielle rend cette question encore plus intéressante parce qu’elle est en train de modifier à la fois notre manière d’apprendre, notre accès à la connaissance, notre culture et même une partie de nos relations sociales.
Tout commence par l’éducation
Au départ, lorsqu’on commence son éducation, on a généralement un maître ou une maîtresse.
Mais l’éducation dépasse évidemment le cadre de l’école.
Il y a l’éducation des parents. Il y a l’éducation scolaire. Et puis il y a tout le côté social de l’éducation : la manière dont on apprend à vivre avec les autres, à communiquer, à comprendre les règles d’une société, à développer ses connaissances et progressivement son autonomie.
Donc je pense qu’à l’heure de l’intelligence artificielle, il y a énormément de questions à se poser sur l’évolution de l’apprentissage.
Quand je parle de jeunesse, je pense à cette période où une personne commence à se demander ce qu’elle veut faire de sa vie si tout n’a pas déjà été décidé auparavant.
Avoir un toit. Avoir de quoi manger. Pouvoir travailler. Avoir des amis. Construire éventuellement une vie amoureuse et familiale. Trouver un équilibre. Tout simplement essayer de vivre heureux.
Il n’existe évidemment pas un seul parcours valable pour tout le monde.
Et c’est justement là que l’éducation devrait jouer son rôle.
L’intelligence artificielle peut-elle devenir un professeur ?
Aujourd’hui, derrière un simple téléphone, on peut déjà avoir accès à une intelligence artificielle capable d’expliquer énormément de choses.
Selon les services utilisés, les modèles disponibles et le budget que l’on souhaite investir, on peut obtenir des réponses plus ou moins longues, développées et adaptées à la question posée.
On peut demander :
« Explique-moi cette notion. »
« Donne-moi des exemples. »
« Fais-moi travailler sur ce sujet. »
« Explique-le-moi autrement parce que je n’ai pas compris. »
« Donne-moi des synonymes de ce concept. »
« Aide-moi à structurer cette idée. »
Donc concrètement, l’intelligence artificielle peut déjà remplir une partie du rôle d’un professeur particulier.
Cela ne veut pas dire, à mon avis, qu’elle doit remplacer l’école ou les enseignants.
La question est plutôt de savoir comment ces outils peuvent compléter l’apprentissage.
Parce que finalement, qu’est-ce que l’éducation ?
Pour moi, c’est permettre à quelqu’un d’apprendre progressivement, de monter en compétence et de pouvoir ensuite s’épanouir dans sa vie.
L’objectif n’est pas forcément de transformer chaque élève en une sorte de « bête de course » destinée à révolutionner la planète.
Chacun peut avoir ses propres objectifs.
Apprendre dans un monde rempli de distractions
Il y a également un autre problème : l’omniprésence des écrans.
Téléphones, ordinateurs, réseaux sociaux, télévision, vidéos courtes, contenus qui s’enchaînent les uns après les autres selon nos goûts ou selon ce que des algorithmes pensent être susceptible de retenir notre attention.
C’est vrai qu’on peut rapidement passer énormément de temps derrière un téléphone, un ordinateur ou même une intelligence artificielle.
Et pendant ce temps-là, est-ce qu’on prend encore suffisamment de temps pour soi, pour sa famille, pour ses amis et simplement pour parler avec les gens ?
Combien de personnes marchent aujourd’hui dans la rue les yeux fixés sur leur téléphone ?
Combien seraient capables de ralentir, de s’arrêter et d’avoir simplement une discussion avec quelqu’un ?
Combien de personnes sont encore ouvertes à l’éventualité d’une rencontre ou d’un échange enrichissant près de chez elles ?
On peut se poser la question.
Je ne pense pas qu’il faille rejeter les nouvelles technologies. Je les utilise moi-même énormément.
Mais il faut probablement trouver un équilibre.
L’école doit-elle évoluer avec l’intelligence artificielle ?
Il y a déjà quinze ou vingt ans, on imaginait des salles de classe remplies de grands écrans, d’ordinateurs et de technologies capables de transformer complètement l’enseignement.
Je ne sais pas exactement comment les choses se passent aujourd’hui dans chaque établissement. Je ne sais même pas quelles sont précisément les règles concernant les téléphones dans toutes les écoles.
Mais la question de l’attention existe forcément.
Si un élève peut regarder des vidéos courtes pendant un cours, discuter en ligne ou demander immédiatement une réponse à une intelligence artificielle, le rapport entre l’élève, le professeur et la connaissance change.
Et puis il y a également la question du respect de la personne qui enseigne et surtout du sens de ce que l’on apprend.
Personnellement, je n’ai pas réussi mes études supérieures comme je l’aurais souhaité.
J’avais parfois l’impression d’être débordé par des cours qui s’enchaînaient sans toujours comprendre la cohérence générale.
Certaines évaluations me paraissaient également difficiles à comprendre.
Je me souviens par exemple de mon code de la route, que j’ai passé en 1999. Il fallait à l’époque obtenir au moins 35 bonnes réponses sur 40. J’en avais obtenu 36 alors que je pensais avoir fait davantage.
Au lycée également, quelques mois avant le baccalauréat, je m’étais fixé comme objectif de devenir extrêmement sérieux et de viser la mention très bien. Finalement, j’ai obtenu une mention bien.
Pourquoi raconter cela ?
Parce que je pense qu’il faut faire attention à la manière dont on évalue la valeur d’une personne uniquement à travers ses résultats scolaires.
Le niveau scolaire et les jugements entre générations
On entend régulièrement que le niveau du baccalauréat aurait baissé au fil des décennies.
Peut-être que certaines épreuves étaient effectivement plus difficiles à d’autres périodes.
Mais est-ce que cela signifie que les générations suivantes n’ont aucune valeur ou aucune connaissance ?
Je ne pense pas.
Les personnes qui portent ce genre de jugement ne connaissent généralement ni l’histoire, ni les difficultés, ni le parcours individuel des personnes qu’elles évaluent.
Chaque époque possède ses difficultés.
Et l’objectif de l’éducation devrait justement être d’aider quelqu’un à progresser à partir de son niveau, pas de lui expliquer qu’il est incapable parce qu’il ne correspond pas à une génération précédente.
Il faut pouvoir trouver des priorités, s’organiser, acquérir des connaissances progressivement et comprendre pourquoi on apprend quelque chose.
Sinon, on finit simplement débordé par une accumulation de connaissances diverses et variées que l’on est censé maîtriser.
Le paradoxe de l’expérience professionnelle
J’ai retrouvé une contradiction assez similaire lorsque j’ai commencé à chercher du travail.
On pouvait demander à un débutant d’avoir déjà deux années d’expérience.
Imaginez un peu la contradiction.
Pour acquérir de l’expérience, il faut commencer quelque part. Mais pour commencer, on vous demande parfois d’avoir déjà de l’expérience.
Et puis changer de travail peut également vouloir dire changer de ville.
Avant même de toucher son premier salaire, il faut alors parfois financer un déménagement, un logement, des transports et différentes dépenses.
Donc il faut déjà avoir des économies pour pouvoir saisir certaines opportunités.
C’est aussi pour cette raison que je m’intéresse beaucoup au télétravail.
Nous avons aujourd’hui tous les outils techniques permettant de travailler à distance dans énormément de métiers. Pourtant, en 2026, le télétravail n’est toujours pas systématiquement accepté ou généralisé.
Et en parallèle, nous utilisons de plus en plus des services numériques et des intelligences artificielles provenant parfois d’entreprises situées à des milliers de kilomètres.
Il y a quand même quelque chose d’intéressant à observer dans cette contradiction.
Après Google et les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle
Il y a plusieurs décennies, Internet était plus lent, moins accessible et beaucoup moins de personnes étaient connectées.
Puis les moteurs de recherche comme Google ont complètement transformé notre accès à l’information.
Ensuite sont arrivés les réseaux sociaux.
Certaines entreprises issues de l’histoire de l’informatique et d’Internet ont fini par influencer des centaines de millions, voire des milliards de personnes.
Aujourd’hui, une nouvelle étape se construit avec l’intelligence artificielle.
Je pense que ceux qui créent les algorithmes capables de sélectionner les informations selon les cultures, les habitudes et les goûts des utilisateurs ont forcément une influence sur notre manière de voir le monde.
Et l’intelligence artificielle vient maintenant s’intégrer à tout cela.
Elle analyse, traduit, recommande, génère, corrige et permet d’interconnecter encore davantage les personnes.
C’est pour cela que je considère l’intelligence artificielle comme une véritable révolution.
Un téléphone peut désormais nous ouvrir à d’autres cultures
Aujourd’hui, un simple téléphone peut servir de traducteur.
Vous pouvez rencontrer quelqu’un dont vous ne parlez pas la langue et réussir malgré tout à échanger quelques phrases grâce à votre smartphone.
Il y a trente ou cinquante ans, ce type de situation aurait été beaucoup plus compliqué.
Les voyages étaient moins accessibles à une partie de la population et Internet n’existait pas encore sous sa forme actuelle.
Aujourd’hui, même avec une connexion limitée, l’accès aux nouvelles technologies permet progressivement d’accéder à davantage de connaissances, de cultures et d’informations.
Mais qui dit information dit également désinformation.
Et là encore, il faut apprendre à faire le tri.
Information, médias et équilibre personnel
Je pense que nous devrions également réfléchir à notre consommation des médias.
Combien de scandales apprenons-nous chaque semaine ?
Combien de documentaires, de vidéos et d’informations sont conçus autour de ce qui choque, inquiète ou provoque une réaction immédiate ?
Je ne dis pas qu’il faut se couper du monde.
Certaines informations sont importantes et correspondent à des réalités qu’il faut connaître.
Mais on peut aussi se poser une question très simple :
Est-ce que cette information va réellement m’aider dans ma propre vie ?
Suis-je directement concerné ?
Puis-je avoir une influence sur ce problème ?
Est-ce réellement utile de passer une soirée à discuter du dernier scandale dont tout le monde parle ?
Il y aura malheureusement toujours des scandales.
À mon avis, il existe également énormément de choses intéressantes, constructives ou éducatives dont les médias pourraient parler davantage.
Nous disposons maintenant d’une quantité de contenus pratiquement infinie.
La difficulté devient donc de choisir.
Trouver un équilibre entre distraction et apprentissage
C’est probablement l’une des grandes questions pour la jeunesse.
Il faut trouver un équilibre entre le temps consacré à la distraction et celui consacré à l’apprentissage.
Parce que la jeunesse construit l’avenir.
Mais elle apprend et elle « désapprend » également.
Elle reçoit de l’information et de la désinformation.
Elle reçoit de la culture, de la publicité, des opinions, des recommandations algorithmiques et maintenant du contenu créé par intelligence artificielle.
Il faut donc apprendre à sélectionner ce qui nous aide réellement à progresser.
L’intelligence artificielle va aussi transformer la création culturelle
Un autre domaine qui m’intéresse beaucoup est celui de la création.
Nous voyons maintenant apparaître des systèmes capables de générer des images, de la musique, des vidéos et progressivement des films ou des documentaires.
Pour l’instant, certaines démonstrations me semblent parfois rechercher le spectaculaire ou l’hyperréalisme au détriment du sens.
Mais je pense que le potentiel est énorme.
Lorsque ces technologies seront utilisées par des personnes possédant à la fois des connaissances cinématographiques et une véritable intention créative, elles pourront devenir des outils extrêmement intéressants.
Parce qu’un film ne se résume pas à quelques images générées.
Il faut réfléchir au scénario, à la musique, aux dialogues, au rythme, au rendu et à la cohérence générale.
Si vous demandez simplement à une intelligence artificielle de produire un scénario sans réflexion particulière, vous risquez d’obtenir quelque chose de très générique.
Un bon scénariste possède une expérience et une culture.
Et c’est là que le passé, le présent et l’avenir se rejoignent.
On ne construira probablement pas la culture de demain en oubliant complètement celle d’hier.
Vers une décentralisation de la culture ?
Je pense d’ailleurs qu’il pourrait y avoir une véritable décentralisation de la création culturelle.
Des personnes qui n’auraient jamais eu les moyens de produire un documentaire ou certains contenus audiovisuels pourront progressivement le faire.
Cela peut aussi permettre de conserver davantage de souvenirs et de transmettre quelque chose aux générations futures.
Mais encore faut-il rester fidèle à ce que l’on pense réellement, à son histoire et aux valeurs que l’on souhaite transmettre.
La technologie n’est qu’un outil.
Ensuite, il faut savoir quoi en faire.
Et même lorsqu’on crée un excellent documentaire, un excellent film ou un excellent produit, il reste une autre question : comment le faire connaître ?
C’est là que le marketing et le relationnel restent importants.
Créer quelque chose ne signifie pas automatiquement que quelqu’un va le regarder ou l’acheter.
Peut-on automatiser toutes les relations sociales ?
On entend également beaucoup parler de services clients entièrement automatisés par intelligence artificielle.
D’un point de vue technique, cela peut être extrêmement performant.
Une intelligence artificielle pourrait connaître précisément votre dossier et répondre immédiatement à votre demande.
Pour une entreprise, l’objectif paraît évident : offrir une excellente expérience et conserver un client satisfait.
Mais une autre question apparaît.
Est-ce que tout automatiser permet réellement de conserver un lien avec la réalité et avec les autres ?
La sociabilité, l’ouverture d’esprit, l’éducation et la culture passent aussi par des relations sociales.
Je ne dis pas qu’il est mauvais de parler à une intelligence artificielle.
Au contraire, je trouve ces technologies extrêmement intéressantes.
Je dis simplement qu’il faut continuer à développer en parallèle une culture de la relation sociale.
La « meilleure version de soi-même » ne se construit pas en quelques jours
On entend également énormément de discours autour du développement personnel.
Il ne faudrait jamais procrastiner.
Il faudrait devenir immédiatement la meilleure version de soi-même.
Je pense qu’il faut faire attention aux slogans.
Oui, on peut évoluer énormément.
En quelques semaines ou quelques mois, certains efforts peuvent déjà produire des changements importants.
Et sur cinq, dix ou vingt ans, une personne peut transformer énormément de choses dans sa vie.
Mais cela demande généralement de l’organisation, une vision et de la constance.
On ne devient pas miraculeusement la meilleure version de soi-même du jour au lendemain.
Et se fixer en permanence des objectifs irréalistes peut produire exactement l’effet inverse de celui recherché.
Il faut pouvoir progresser à son rythme.
Après l’éducation vient la culture
Finalement, je reviens toujours à la même idée.
Tout commence par l’éducation.
Et après l’éducation vient la culture.
Or cette culture est maintenant en train d’évoluer avec l’intelligence artificielle.
Personnellement, je vois énormément d’aspects positifs dans l’intelligence artificielle.
Bien sûr qu’elle peut faire des erreurs.
Je l’ai moi-même constaté.
Mais cela ne signifie pas que l’outil n’a aucune valeur.
Il faut apprendre à comprendre ses limites.
Tous les modèles n’ont pas les mêmes capacités. Les résultats dépendent également du modèle utilisé, de la question posée, des informations disponibles et parfois du budget investi.
C’est un peu comme demander à quelqu’un de réaliser une tâche qu’il n’a jamais appris à faire : il faut adapter ce que l’on demande aux capacités dont on dispose.
Image, texte, vidéo, audio : les résultats peuvent être très différents selon les outils et les usages.
La culture reste essentielle pour bien utiliser l’intelligence artificielle
C’est peut-être justement là que la culture devient encore plus importante.
Posséder un outil extrêmement puissant ne signifie pas automatiquement savoir quoi en faire.
Il faut avoir des idées.
Il faut connaître un minimum le domaine dans lequel on travaille.
Il faut pouvoir comparer les résultats avec quelque chose de réel.
Et il faut conserver suffisamment d’esprit critique pour reconnaître une erreur ou un résultat sans intérêt.
L’intelligence artificielle peut certainement nous aider à nous cultiver.
Mais la culture permet aussi de mieux utiliser l’intelligence artificielle.
Les deux peuvent donc progresser ensemble.
Quelle jeunesse pour les prochaines décennies ?
Je vais m’arrêter sur cette idée.
Je pense que l’intelligence artificielle peut influencer positivement l’éducation et la culture dans les années et les décennies qui viennent.
J’espère également que les nouvelles générations pourront bénéficier d’une organisation du travail plus flexible, notamment grâce au télétravail et aux nouvelles technologies.
Mais chaque génération aura ses propres difficultés.
On peut regarder une autre génération et penser qu’elle avait la vie plus facile.
Je ne suis pas certain que ce soit aussi simple.
Chaque époque possède ses opportunités, ses contraintes et ses problèmes.
Et souvent, ce n’est que dix ou vingt ans plus tard qu’on peut regarder en arrière et se demander :
Est-ce que j’ai fait les bons choix ?
Est-ce que je me suis tenu à ce que je voulais réellement construire ?
Est-ce que les technologies que j’ai utilisées m’ont permis de devenir plus cultivé, plus autonome et plus ouvert aux autres ?
Pour moi, c’est probablement là que se trouve l’une des véritables questions de l’avenir.
L’intelligence artificielle peut nous faire gagner énormément de temps et nous donner accès à des connaissances extraordinaires.
Mais encore faut-il savoir ce que nous voulons faire du temps et des connaissances qu’elle nous permet de gagner.
José DUTIAN
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